Projets MOUNDS et RACINES : les sociétés anciennes ont façonné les forêts du bassin du Congo

Projets MOUNDS et RACINES : comment les sociétés anciennes ont façonné les forêts et zones humides du bassin du Congo

Du 13 mai 2026 au 13 juill. 2026

Likouala-Mossaka, au nord de la République du Congo

En mai 2026, les projets MOUNDS* et RACINES**, soutenus par l'initiative One Forest Vision et par le programme BGF-SCAC de l'Ambassade de France***, ont conduit une mission scientifique de trois semaines dans la région de la Likouala-Mossaka, au nord de la République du Congo. Cette campagne de terrain, mobilisant des chercheurs issus de plusieurs disciplines, visait à mieux comprendre les interactions anciennes entre les sociétés humaines et les écosystèmes forestiers et humides du bassin du Congo. Au cœur des recherches : les champs surélevés, d'impressionnantes structures agricoles construites pour permettre la culture dans des zones soumises aux inondations saisonnières. Ces aménagements, dont certains pourraient remonter à plus de 800 ans, témoignent d'une histoire humaine et environnementale beaucoup plus complexe qu'on ne l'imaginait jusqu'à présent.

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Arrivée de la mission scientifique en pirogue dans la région de la Likouala-Mossaka, au nord de la République du Congo. Crédits photos © Yannick Garcin © Yannick Garcin
  • *MOUNDS ; "Les champs surélevés comme marqueurs des impacts anthropiques passés sur les tourbières du bassin central du Congo"
  • **RACINES ; "Travail exploratoire sur les interactions humains–forêt dans le temps long, projet archéologique et archéobotanique"
  • **BGF-SCAC (programme de l'Ambassade de France) : "Bourses du gouvernement français-Service de coopération et d'action culturelle de l'Ambassade de France"

1. Explorer les traces d'une ingénierie paysagère ancienne

Longtemps considérées comme des espaces demeurés relativement intacts au cours des siècles, les forêts et zones humides de la Cuvette centrale révèlent aujourd'hui les traces d'occupations humaines anciennes. Afin de mieux comprendre cet héritage, les équipes des projets MOUNDS et RACINES ont exploré sept secteurs d'étude répartis sur plus de 100 kilomètres le long de la rivière Likouala-Mossaka.

Cette mission a réuni une équipe interdisciplinaire composée de Samuel Anthoni Kayes, doctorant One Forest Vision (Université Marien Ngouabi – CEREGE), Louis Champion (IRD), Yannick Garcin (IRD – CEREGE), Yannick Enock Bocko (Université Marien Ngouabi), Gaël Ulrich Bouka Dipelet (Université Marien Ngouabi) et Jules Fleury (Aix-Marseille Université – CEREGE), mobilisant des expertises complémentaires en archéologie, géomorphologie, botanique, géomatique, génétique, ethnologie et télédétection.

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Yannick Bocko, UNMG, Samuel Kayes, UNMG et CEREGE ; Yannick Garcin, IRD-CEREGE Gaël Bouka, UNMG Louis Champion, IRD Jules Fleury, AMU-CEREGE, Belle-Vie et St Symphorien © Jules Ferry

Les campagnes de terrain ont permis de réaliser des fouilles archéologiques, d'étudier la structure des champs surélevés et de collecter plusieurs centaines d'échantillons destinés à des analyses complémentaires : datations au radiocarbone, études des sols, analyses archéobotaniques, ADN environnemental et quantification des stocks de carbone.

2. Les technologies de pointe au service de l'histoire des paysages

L'un des volets innovants de cette mission repose sur l'utilisation d'un drone équipé d'un capteur LiDAR, capable de cartographier les reliefs avec une très grande précision, y compris sous la couverture forestière.

Ces données permettront de reconstituer l'organisation spatiale d'anciens systèmes agricoles aujourd'hui largement invisibles depuis le sol et d'évaluer l'ampleur réelle des transformations apportées par les sociétés passées aux paysages de la région.

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Localisation des sites d'étude dans la région de la Likouala-Mossaka, au nord de la République du Congo © Anthoni Samuel Kayes
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Vue drône du site de recherche scientifique dans la région de la Likouala-Mossaka, au nord de la République du Congo © Jules FLeury

3. Les savoirs locaux au cœur de la recherche

Au-delà des investigations scientifiques, la mission a accordé une place importante aux échanges avec les communautés locales. Les équipes ont documenté les usages actuels des zones humides, les pratiques agricoles et les connaissances traditionnelles associées à ces paysages.

Cette approche interdisciplinaire permet de croiser les données scientifiques et les savoirs locaux afin de mieux comprendre les continuités et les transformations des interactions entre les sociétés humaines et leur environnement au cours des siècles.

Les chercheurs ont également découvert de nouveaux vestiges archéologiques, notamment des fragments de céramiques qui contribueront à préciser l'histoire de l'occupation humaine dans la vallée de la Likouala-Mossaka.

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L'équipe en pleine études des sols et analyses archéobotaniques d’un champs surélevé. © Yannick Garcin
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Fragments de céramiques issu de pratiques agricoles trouvé dans les champs sur-élevé dans la région de la LikoualaMossaka, au nord de la République du Congo © © Yannick Garcin

4. Une contribution majeure à la compréhension des forêts tropicales

Les analyses se poursuivront dans les prochains mois afin de préciser l'âge exact des champs surélevés et d'évaluer leur influence sur les paysages forestiers, les zones humides et les tourbières de la Cuvette centrale, aujourd'hui reconnues comme l'un des réservoirs majeurs de carbone dit 'irrécupérable' de la planète.

Cette mission illustre pleinement l'ambition de One Forest Vision : développer une recherche interdisciplinaire capable de replacer les forêts du bassin du Congo dans leur profondeur historique afin de mieux éclairer les stratégies de conservation, de restauration et de gestion durable des écosystèmes tropicaux.

 

Chiffres clé de la mission

  • Six personnes mobilisées sur cette mission représentant de nombreuses disciplines.
  • 7 sites d'étude explorés le long de la rivière Likouala-Mossaka
  • Plus de 100 km prospectés dans la Cuvette centrale congolaise
  • 1 drone LiDAR mobilisé pour cartographier les paysages sous couvert forestier
  • De nouveaux vestiges archéologiques découverts au cours de la mission
  • Plus de 800 ans d'histoire révélés par les premiers résultats sur les champs surélevés 
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Campement du site de recherche scientifique dans la région de la Likouala-Mossaka, au nord de la République du Congo © © Jules FLeury

5. Focus sur Samuel, doctorant One Forest Vision

Cette mission a également mobilisé Samuel Kayes, doctorant One Forest Vision, dont les travaux en sciences humaines et sociales et en géomorphologie contribuent à mieux comprendre les relations historiques entre les sociétés humaines et les paysages forestiers du bassin du Congo. Son travail illustre l'importance d'intégrer les approches historiques, archéologiques et sociales aux recherches sur les changements environnementaux contemporains.

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Samuel Kayes, doctorant One Forest Vision sur le terrain en train d'enregistrer un échantillon de sol. © Yannick Garcin

Son message clé : 
"Les forêts du bassin du Congo ne sont pas seulement des espaces naturels : elles sont aussi le produit de plusieurs siècles d'interactions entre les sociétés humaines et leur environnement."  Samuel Kayes, doctorant One Forest Vision

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