Mission archéologie et archéobotanique au Gabon : comprendre l’histoire humaine des forêts du Bassin du Congo
Du 03 mars 2026 au 10 mars 2026
Gabon
Du 5 février au 10 mars 2026, une mission de recherche s’est déroulée au Gabon dans le cadre du projet ANR Rainforstory, en lien avec l’initiative One Forest Vision (OFVi). Cette mission, conduite notamment par Louis Champion (IRD) et Geoffroy De Saulieux (IRD), archéologue et coordinateur du projet RACINES, illustre l’intégration progressive des sciences humaines et sociales (SHS) au sein d’OFVi.
L’objectif est de mieux comprendre, sur le temps long, les relations entre sociétés humaines et forêts tropicales dans le Bassin du Congo. Les paysages forestiers actuels ne sont en effet pas uniquement le résultat de dynamiques naturelles : ils portent aussi les traces de pratiques humaines anciennes, telles que la collecte, l’agriculture, la gestion des sols ou l’arboriculture.
Analyser les vestiges archéologiques et archéobotaniques
Cette mission a combiné archéologie, archéobotanique et analyses environnementales afin d’explorer ces interactions entre sociétés humaines et écosystèmes forestiers.
Une première phase du travail a été consacrée au traitement de matériel archéologique provenant d’une dizaine de sites fouillés lors de campagnes précédentes. Pendant environ deux semaines et demie, les chercheurs ont procédé au tri des résidus issus du tamisage des sédiments archéologiques.
Ces résidus ont été analysés afin d’identifier les différentes catégories de vestiges présents, notamment des fragments lithiques, des fragments céramiques, des restes archéozoologiques, ainsi que des restes archéobotaniques et divers petits artefacts. Chaque catégorie a été comptabilisée en fonction du contexte archéologique et des niveaux stratigraphiques, permettant de mieux documenter la distribution du matériel au sein des sites étudiés.
Les restes végétaux ont fait l’objet d’une attention particulière. Ils ont été comptés et, lorsque cela était possible, identifiés à l’espèce. Certains vestiges ont également été sélectionnés pour des analyses plus approfondies. Les fruits de Canarium, par exemple, ont été mesurés dans le cadre d’analyses morphométriques destinées à étudier l’évolution de leur morphologie à travers le temps. Des fragments de Celtis sp. ont quant à eux été isolés pour de futures analyses isotopiques et paléoclimatiques menées notamment par des chercheurs de l’IRD, afin de reconstituer l’évolution de paramètres environnementaux tels que la pluviométrie et la température.
La flotation archéobotanique : révéler les restes des végétaux anciens
La mission a également permis de conduire une campagne de flotation archéobotanique sur des sédiments provenant de fouilles réalisées en 2024 et 2025. Cette technique permet de séparer les différentes composantes des sédiments archéologiques en utilisant l’eau.
La flotation distingue deux fractions principales : une fraction légère, contenant principalement les restes végétaux carbonisés, et une fraction lourde constituée de résidus minéraux et archéologiques. Les résidus obtenus ont ensuite été triés selon la même méthodologie que celle appliquée aux refus de tamis.
L’analyse de ces restes végétaux constitue une source d’information précieuse pour reconstituer l’histoire de l’exploitation des plantes, les pratiques agricoles anciennes et l’évolution des paysages forestiers.
Une campagne de fouilles d’une durée d’environ dix jours a été menée dans la région d’Abanda, dans la province de l’Ogooué-Maritime, sur le site de la Grotte du Menhir. Cette intervention s’inscrit dans la continuité des recherches archéologiques déjà engagées dans la région avec la fondation Liambissi et le campement 2SRO.
Au cours de cette fouille, 19 échantillons archéobotaniques ont été prélevés, chaque échantillon correspondant à environ dix litres de sédiments. Les sédiments ont été directement traités sur le terrain grâce à des opérations de flotation et de tamisage à l’eau, puis triés selon les différentes catégories archéologiques.
Les premiers résultats indiquent la présence de restes de palmier à huile (Elaeis guineensis) dans l’ensemble des échantillons analysés. Cette observation suggère une exploitation régulière de cette ressource végétale par les populations anciennes et apporte de nouvelles informations sur l’histoire des interactions entre sociétés humaines et plantes forestières.
Former les chercheurs et renforcer les capacités locales
La mission comportait également un important volet de formation et de transfert de compétences. Un archéologue gabonais de l’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN), Drile Arnauld Mamfoumbi Mamfoumbi, a bénéficié d’une formation continue en archéobotanique de terrain tout au long de la mission.
Cette formation a porté sur plusieurs aspects méthodologiques essentiels, notamment les principes de base de l’archéobotanique appliquée aux contextes tropicaux, les méthodes d’échantillonnage des sédiments, les techniques de traitement des sédiments sur le terrain, ainsi que les procédures de flotation, de tamisage et d’identification des macrorestes végétaux.
Ce travail contribue au renforcement des compétences scientifiques locales dans une discipline encore peu représentée en Afrique centrale.
La mission a également donné lieu à plusieurs actions de vulgarisation scientifique destinées à partager les résultats de la recherche avec un public plus large.
Le 12 février 2026, une conférence intitulée « Que cultivait-on en Afrique centrale durant la préhistoire ? » a été organisée à l’Institut français du Gabon dans le cadre du cycle de conférences À la découverte de la préhistoire du Gabon. D’une durée d’une heure trente, cette conférence a réuni environ 70 participants et a permis de présenter les méthodes de l’archéobotanique, les résultats récents concernant l’exploitation des plantes en Afrique centrale et les perspectives de recherche sur l’histoire de l’agriculture dans les forêts tropicales.
Le 8 mars 2026, une présentation plus spécialisée consacrée au palmier à huile (Elaeis guineensis) dans l’archéologie de l’Afrique centrale a également été réalisée en collaboration avec Geoffroy de Saulieu (IRD) auprès de l’association française Les Fous du Palmier.
Comprendre le passé pour mieux penser l'avenir des forêts
Plusieurs analyses complémentaires sont désormais prévues, notamment le tri détaillé des fractions légères au microscope, des datations radiocarbone (C14), des analyses morphométriques supplémentaires ainsi que des analyses isotopiques et paléoclimatiques sur certains restes végétaux.
Ces travaux permettront d’apporter de nouvelles données sur l’histoire de l’exploitation des ressources végétales, les interactions entre sociétés humaines et environnement forestier, ainsi que sur les dynamiques climatiques passées en Afrique centrale.
En intégrant les sciences humaines et sociales aux approches environnementales et écologiques, One Forest Vision contribue ainsi à mieux comprendre les relations complexes entre sociétés, forêts et économie dans le Bassin du Congo. Comprendre ces héritages sur le temps long est essentiel pour construire des stratégies de gestion durable des forêts tropicales, adaptées à la fois aux réalités écologiques et aux sociétés qui y vivent.
Cette mission a été réalisée avec le soutien et la collaboration de ANR Rainforstory, One Forest Vision Initiative (OFVi), l’IRD, la fondation Liambissi, l’ANPN, et le CENAREST.
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