« 3 questions à… » – Vérelle Patience Nsa, post-doctorante One Forest Vision

« 3 questions à… » – Vérelle Patience Nsa, post-doctorante One Forest Vision

À travers ses recherches sur le bassin de l’Ogooué, la doctorante gabonaise Vérelle Patience Nsa Assoumou explore le rôle des rivières et des zones humides dans le cycle du carbone. Entre missions de terrain, transmission scientifique et collaboration avec One Forest Vision, elle nous partage son parcours, ses résultats et sa vision de la recherche au Gabon.

1. Biographie

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Vérelle Patience Nsa Assoumou lors d’une mission consacrée aux flux de carbone et aux émissions de gaz à effet de serre dans l’estuaire de l’Ogooué, au Gabon. © Vérelle Patience NSA ASSOUMOU

Vérelle Patience Nsa Assoumou est une doctorante gabonaise spécialisée dans la biogéochimie des systèmes aquatiques continentaux. Elle soutiendra à la fin de cette année son doctorat en géosciences et environnement de l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM). Elle a consacré sa thèse à la dynamique des flux latéraux de carbone, des éléments associés et des émissions de gaz à effet de serre dans le bassin de l’Ogooué. Ce travail a été mené sous la codirection du professeur Mike Castane Makaya M’Voubou (USTM), de Jean-Jacques Braun (IRD) et d’Oleg S. Pokrovsky (CNRS).

Ses recherches combinent observations de terrain, échantillonnage des eaux, caractérisation physico-chimique et biogéochimique, analyses en laboratoire et traitement des données. Elle étudie notamment le CO₂, le CH₄, le carbone organique dissous et le carbone inorganique dissous, ainsi que leurs variations entre les différents compartiments aquatiques et au cours du cycle hydrologique. Elle mobilise le logiciel R pour analyser et interpréter ces données.

Dans le cadre d’OFVi, elle contribue à l’encadrement des activités de terrain du doctorant Diel Jofres Mihindou, aux travaux scientifiques et aux ateliers de l’initiative. Son rôle permet de transmettre les acquis méthodologiques développés sur l’Ogooué, de renforcer les capacités d’analyse au Gabon et de consolider les collaborations entre l’USTM, l’IRD et le CNRS. Son parcours illustre la contribution déterminante des scientifiques africains à la connaissance et au suivi des grands bassins forestiers tropicaux.

2. Trois questions à…Patience Nsa Assoumou 

  • Question 1 : Quel est ton sujet de recherche, à quelle grande question scientifique cherches-tu à répondre et quels sont les principaux résultats obtenus dans le cadre de One Forest Vision ?

Je travaille sur la dynamique du carbone dans les systèmes aquatiques du bassin de l’Ogooué, au Gabon. Mon objectif est de comprendre comment les rivières, les lacs et les zones humides reçoivent, transforment et transportent le carbone et les éléments associés, mais aussi comment ils échangent du dioxyde de carbone (CO₂) et du méthane (CH₄) avec l’atmosphère.

La grande question qui guide mes recherches est la suivante : comment établir un bilan fiable du carbone à l’échelle du bassin de l’Ogooué en tenant compte de la diversité de ses écosystèmes aquatiques ? Mes travaux doctoraux ont montré que le fonctionnement biogéochimique varie fortement entre le chenal principal, les tributaires, les lacs et les forêts inondées. Le pH joue notamment un rôle déterminant dans l’association des éléments traces avec la matière organique et les colloïdes de fer. Les petits tributaires et les forêts inondées apparaissent également comme des milieux particulièrement actifs pour la transformation et l’émission du carbone.

Dans le cadre d’OFVi, je mobilise ces acquis pour contribuer à l’encadrement des activités de terrain du doctorant Diel Jofres Mihindou et à l’harmonisation des protocoles de mesure. L’objectif est de constituer des séries de données comparables entre plusieurs milieux aquatiques et plusieurs périodes hydrologiques, afin de mieux quantifier les flux de carbone et de gaz à effet de serre dans les bassins forestiers gabonais.

  • Question 2 : Quelle mission de terrain t’a particulièrement marquée et pourquoi ?

La mission qui m’a le plus marquée est celle menée en mai 2024 dans le delta de l’Ogooué pour étudier les émissions de gaz à effet de serre des zones humides côtières.

Cette mission m’a confrontée à la réalité du terrain : atteindre des sites isolés, progresser dans les marais, les forêts inondées et les mangroves, puis maintenir la qualité des prélèvements et des mesures malgré des conditions changeantes. Elle m’a également montré combien la recherche repose sur le travail collectif. Chercheurs, techniciens et partenaires locaux doivent coordonner leurs compétences pour produire des observations fiables dans des milieux encore peu documentés.

Au-delà des résultats scientifiques, cette expérience a renforcé ma conviction que l’étude des grands bassins tropicaux doit articuler observations de terrain, analyses en laboratoire et collaborations durables. C’est ce lien entre le terrain, les équipes et la science qui donne tout son sens à mon travail.

  • Question 3 : Si tu devais retenir un chiffre clé de tes recherches et un message à transmettre au grand public, lesquels seraient-ils ?

Le chiffre que je retiendrais est 80 %. Dans certains milieux du Bas-Ogooué, plus de 80 % de certains éléments peuvent être transportés sous forme colloïdale, c’est-à-dire associés à des particules extrêmement fines, invisibles à l’œil nu. Ce résultat montre que les rivières ne transportent pas seulement de l’eau : elles déplacent et transforment aussi du carbone et de nombreux éléments chimiques. Mon message au grand public est que les rivières, les lacs et les zones humides participent activement au cycle du carbone et aux échanges de gaz à effet de serre. Les comprendre et les suivre dans la durée est indispensable pour mieux anticiper les effets des changements environnementaux et orienter leur protection.

3. Verelle sur le terrain 

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Prélèvement d’eau dans une forêt inondée du delta de l’Ogooué, le 14 mai 2024, afin de caractériser les propriétés biogéochimiques des eaux. © Vérelle Patience NSA ASSOUMOU
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Une partie de l’équipe scientifique réunie lors d’une mission sur l’Ogooué, le 17 mai 2024. © Vérelle Patience NSA ASSOUMOU
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Vérelle Patience Nsa Assoumou en présence de son encadrant scientifique Jean-Jacques Braun (IRD/OFVi) et Elise Thollet Augier (OFVi) lors de la conférence annuelle CBSI à Brazzaville - janvier 2026 © CBSI
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Travail en laboratoire avec Frédéric Julien, collaborateur scientifique au Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE), à Toulouse. © Vérelle Patience NSA ASSOUMOU
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Préparation et analyse d’échantillons du bassin de l’Ogooué au laboratoire Géosciences Environnement Toulouse, en novembre 2023. © Vérelle Patience NSA ASSOUMOU

4. Publications et résultats scientifiques associés

Nsa Assoumou, V. P., et al. (2025). “pH control on the colloidal association of trace elements with iron and organic matter along the hydrological continuum of a tropical river floodplain”. Science of the Total Environment, 1009, 181000. DOI : 10.1016/j.scitotenv.2025.181000

Nsa Assoumou, V. P., et al. (2026). “Wet-season observations of dissolved carbon and CO₂–CH₄ emissions in inland waters of the Lower Ogooué floodplain (Gabon)”. Journal of Hydrology, 679, 136129. DOI : 10.1016/j.jhydrol.2026.136129

Nsa Assoumou, V. P., et al. (2026) Strong Spatial Variability of Diffusive CO₂ and CH₄ Emissions along the Ogooué River-Floodplain Continuum, Gabon. Manuscrit soumis à JGR Biogeosciences.

5. Chercheurs, institutions et partenaires

  • Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM), Gabon : établissement d’origine et partenaire scientifique.
  • Institut de recherche pour le développement (IRD) : partenariat scientifique, encadrement et analyses.
  • Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET) : analyses biogéochimiques et collaboration scientifique.
  • Pr Mike Castane Makaya M’Voubou (USTM), Jean-Jacques Braun (IRD) et Oleg S. Pokrovsky (CNRS) : encadrement scientifique.
  • Diel Jofres Mihindou : doctorant OFVi accompagné pour les activités de terrain.
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